Lundi matin, café à la main, vous ouvrez le tableau des effectifs de la rentrée prochaine. Une sixième qui peine à se remplir depuis deux ans. Un CP à quinze élèves dans l'école du réseau, à vingt minutes de route, aussi calme qu'une salle de classe dans un film scandinave. Et puis cette note du diocèse, arrivée vendredi soir comme un courrier qu'on n'ose pas ouvrir tout de suite, qui parle d'un « équilibre territorial de l'offre ». Vous la reposez. Vous la relirez lundi.
Ce lundi là, pour beaucoup de chefs d'établissement, arrive plus tôt qu'ils ne le pensent. Le 10 septembre, lors de sa conférence de presse de rentrée, Guillaume Prévost, secrétaire général de l'enseignement catholique depuis un an, a dit tout haut ce que plusieurs devinaient tout bas : le protocole signé en 2023 avec le ministère pour améliorer la mixité sociale n'a pas vraiment fonctionné. Bilan « très mitigé », dit il, sans détour. Et il en tire une idée qui a le mérite d'être claire, presque brutale dans sa simplicité : être prêt à fermer des classes qui font le plein pour en ouvrir ailleurs, là où l'enseignement catholique n'a jamais mis un pied.
Un aveu qui ne ressemble pas à un communiqué de presse
D'habitude, une conférence de rentrée, c'est un peu comme une carte de vœux institutionnelle : tout va bien, l'année s'annonce belle, merci et à l'année prochaine. Là, non. Une institution qui pèse 7 500 établissements et presque deux millions d'élèves qui vient dire que trois ans d'efforts n'ont pas suffi, ce n'est pas rien. C'est même le genre de phrase qu'on n'attend pas d'une grande maison qui a plutôt l'habitude de se féliciter.
Guillaume Prévost a d'ailleurs situé cette franchise dans une envie plus large d'arrêter de se battre sur des querelles qui ne mènent nulle part, pour regarder en face des sujets qui, eux, comptent vraiment : la mixité sociale, la baisse démographique (moins 0,6 % d'élèves cette rentrée), ou encore l'accompagnement des victimes d'abus après l'affaire de Bétharram. Sur la mixité, le message tient en une phrase : on ne peut plus se contenter de garder les mêmes classes, au même endroit, année après année, en espérant que la mixité arrive toute seule, un peu comme on espère qu'une plante pousse sans jamais l'arroser.
Pourquoi cette histoire vous concerne, même loin de tout quartier prioritaire
On pourrait se dire que ce virage ne touche que quelques diocèses en tension, quelque part dans une grande ville. Ce serait aller un peu vite. La baisse démographique n'épargne ni les écoles de campagne, ni les collèges de centre ville qui se croyaient à l'abri. Et la mixité sociale, qu'on le veuille ou non, devient un sujet que tout le monde regarde, l'institution comme les familles, un peu à la manière d'une note qu'on affiche désormais à côté des résultats du brevet.
Il y a aussi quelque chose de plus intime là dedans. La mixité sociale n'est pas qu'un chiffre de pilotage à glisser dans un tableau Excel entre deux indicateurs RH. Elle touche à une question toute simple : à qui s'adresse vraiment votre établissement. Est ce qu'une famille qui n'a jamais mis les pieds dans une école catholique se sentirait la bienvenue chez vous, ou est ce qu'elle passerait son chemin sans même essayer. La conférence de presse a aussi rappelé que 70 % des établissements ont une capacité d'autofinancement inférieure à 20 %, ce qui donne une idée de la marge de manœuvre réelle pour transformer ces intentions en écoles qui ouvrent vraiment.
Comprendre pourquoi ce sujet monte, avant de se demander comment y répondre, change beaucoup de choses dans une réunion de conseil d'établissement. Ce n'est pas un arbitrage budgétaire de plus à caser entre deux points de l'ordre du jour. C'est une question sur ce que le réseau veut devenir dans dix ans, posée sans prévenir un lundi de septembre.
Ce que ça bouscule, doucement, dans le quotidien d'un établissement
Ce virage, s'il se confirme diocèse après diocèse, va déplacer des choses très concrètes. La procédure d'admission, par exemple, ce rituel de dossiers et d'entretiens qui, sans le vouloir, ressemble parfois à un code réservé à ceux qui le connaissent déjà. La donnée aussi : l'indice de position sociale (IPS), publié chaque année par le ministère pour chaque établissement, ressemble un peu à ce relevé bancaire qu'on préfère ne pas ouvrir. Sauf qu'il vaut mieux le regarder soi même que le découvrir un jour dans un article de presse locale, avec le café qui refroidit à côté.
Et puis il y a la solidarité de réseau, cette idée qu'un établissement qui va bien accepte, parfois, de céder un peu de terrain pour qu'un autre puisse exister ailleurs. Un peu comme dans une famille nombreuse où l'aîné cède sa chambre pour que le dernier arrivé ait enfin un coin à lui. Ça ne se décide pas le jour même. Ça se prépare, en parlant régulièrement avec sa tutelle, plutôt qu'en découvrant le sujet dans une note un vendredi soir.
Et les objections, dans tout ça
Ce pari ne va pas convaincre tout le monde d'un coup de baguette magique, et ce serait malhonnête de faire comme si. Des familles attachées à leur établissement s'inquiéteront en entendant parler de moyens transférés ailleurs. Des enseignants, déjà sollicités de partout, craindront pour leur poste ou leur affectation. Et certains chefs d'établissement, avec raison, feront remarquer qu'ouvrir une école en quartier prioritaire ne s'improvise pas depuis un bureau parisien : ça demande des équipes formées, du temps, et un accompagnement qui ne tient pas en une ligne de communiqué.
Ces objections ne rendent pas l'idée mauvaise. Elles disent simplement qu'il faudra y aller avec les mains, pas seulement avec de bonnes intentions.
Quelques idées qui pourraient valoir le détour
Pas de liste à cocher ici, plutôt quelques pistes à laisser mijoter, à reprendre avec l'équipe ou en conseil d'établissement.
- Et si on ressortait son IPS, juste pour voir, et qu'on le comparait à celui des établissements voisins, avant qu'un journaliste ou une tutelle ne le fasse à notre place.
- Et si on relisait sa procédure d'admission avec un œil neuf, comme si on la découvrait pour la première fois, en se demandant honnêtement qui pourrait s'y perdre ou renoncer avant même de candidater.
- Et si, plutôt que d'attendre une note du diocèse, on allait poser directement la question : où en est la réflexion sur l'équilibre territorial, et qu'est ce que ça pourrait vouloir dire, pour nous, dans trois ans.
- Et si on allait tout simplement prendre un café avec l'école ou l'association du quartier d'à côté, celui qu'on n'a jamais vraiment approché, juste pour voir ce qui pourrait naître de cette rencontre, sans grand projet derrière.
Rien de tout cela n'oblige à rien. Mais le pari annoncé le 10 septembre va continuer à faire son chemin, diocèse après diocèse, dans les mois qui viennent. Autant y réfléchir tranquillement maintenant, plutôt que d'ouvrir la note du vendredi soir avec un peu d'angoisse.
Sources citées :
- La Croix, « Enseignement catholique : baisse démographique et mixité sociale au menu de la rentrée », 10 septembre 2026
- Café pédagogique, « Mixité : un protocole gagnant pour le privé », 22 mai 2023
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