21 sept. 2026

Mixité sociale : le pari risqué (et nécessaire) de l'enseignement catholique

Lundi matin, café à la main, vous ouvrez le tableau des effectifs de la rentrée prochaine. Une sixième qui peine à se remplir depuis deux ans. Un CP à quinze élèves dans l'école du réseau, à vingt minutes de route, aussi calme qu'une salle de classe dans un film scandinave. Et puis cette note du diocèse, arrivée vendredi soir comme un courrier qu'on n'ose pas ouvrir tout de suite, qui parle d'un « équilibre territorial de l'offre ». Vous la reposez. Vous la relirez lundi.

Ce lundi là, pour beaucoup de chefs d'établissement, arrive plus tôt qu'ils ne le pensent. Le 10 septembre, lors de sa conférence de presse de rentrée, Guillaume Prévost, secrétaire général de l'enseignement catholique depuis un an, a dit tout haut ce que plusieurs devinaient tout bas : le protocole signé en 2023 avec le ministère pour améliorer la mixité sociale n'a pas vraiment fonctionné. Bilan « très mitigé », dit il, sans détour. Et il en tire une idée qui a le mérite d'être claire, presque brutale dans sa simplicité : être prêt à fermer des classes qui font le plein pour en ouvrir ailleurs, là où l'enseignement catholique n'a jamais mis un pied.

Un aveu qui ne ressemble pas à un communiqué de presse

D'habitude, une conférence de rentrée, c'est un peu comme une carte de vœux institutionnelle : tout va bien, l'année s'annonce belle, merci et à l'année prochaine. Là, non. Une institution qui pèse 7 500 établissements et presque deux millions d'élèves qui vient dire que trois ans d'efforts n'ont pas suffi, ce n'est pas rien. C'est même le genre de phrase qu'on n'attend pas d'une grande maison qui a plutôt l'habitude de se féliciter.

Guillaume Prévost a d'ailleurs situé cette franchise dans une envie plus large d'arrêter de se battre sur des querelles qui ne mènent nulle part, pour regarder en face des sujets qui, eux, comptent vraiment : la mixité sociale, la baisse démographique (moins 0,6 % d'élèves cette rentrée), ou encore l'accompagnement des victimes d'abus après l'affaire de Bétharram. Sur la mixité, le message tient en une phrase : on ne peut plus se contenter de garder les mêmes classes, au même endroit, année après année, en espérant que la mixité arrive toute seule, un peu comme on espère qu'une plante pousse sans jamais l'arroser.

Pourquoi cette histoire vous concerne, même loin de tout quartier prioritaire

On pourrait se dire que ce virage ne touche que quelques diocèses en tension, quelque part dans une grande ville. Ce serait aller un peu vite. La baisse démographique n'épargne ni les écoles de campagne, ni les collèges de centre ville qui se croyaient à l'abri. Et la mixité sociale, qu'on le veuille ou non, devient un sujet que tout le monde regarde, l'institution comme les familles, un peu à la manière d'une note qu'on affiche désormais à côté des résultats du brevet.

Il y a aussi quelque chose de plus intime là dedans. La mixité sociale n'est pas qu'un chiffre de pilotage à glisser dans un tableau Excel entre deux indicateurs RH. Elle touche à une question toute simple : à qui s'adresse vraiment votre établissement. Est ce qu'une famille qui n'a jamais mis les pieds dans une école catholique se sentirait la bienvenue chez vous, ou est ce qu'elle passerait son chemin sans même essayer. La conférence de presse a aussi rappelé que 70 % des établissements ont une capacité d'autofinancement inférieure à 20 %, ce qui donne une idée de la marge de manœuvre réelle pour transformer ces intentions en écoles qui ouvrent vraiment.

Comprendre pourquoi ce sujet monte, avant de se demander comment y répondre, change beaucoup de choses dans une réunion de conseil d'établissement. Ce n'est pas un arbitrage budgétaire de plus à caser entre deux points de l'ordre du jour. C'est une question sur ce que le réseau veut devenir dans dix ans, posée sans prévenir un lundi de septembre.

Ce que ça bouscule, doucement, dans le quotidien d'un établissement

Ce virage, s'il se confirme diocèse après diocèse, va déplacer des choses très concrètes. La procédure d'admission, par exemple, ce rituel de dossiers et d'entretiens qui, sans le vouloir, ressemble parfois à un code réservé à ceux qui le connaissent déjà. La donnée aussi : l'indice de position sociale (IPS), publié chaque année par le ministère pour chaque établissement, ressemble un peu à ce relevé bancaire qu'on préfère ne pas ouvrir. Sauf qu'il vaut mieux le regarder soi même que le découvrir un jour dans un article de presse locale, avec le café qui refroidit à côté.

Et puis il y a la solidarité de réseau, cette idée qu'un établissement qui va bien accepte, parfois, de céder un peu de terrain pour qu'un autre puisse exister ailleurs. Un peu comme dans une famille nombreuse où l'aîné cède sa chambre pour que le dernier arrivé ait enfin un coin à lui. Ça ne se décide pas le jour même. Ça se prépare, en parlant régulièrement avec sa tutelle, plutôt qu'en découvrant le sujet dans une note un vendredi soir.

Et les objections, dans tout ça

Ce pari ne va pas convaincre tout le monde d'un coup de baguette magique, et ce serait malhonnête de faire comme si. Des familles attachées à leur établissement s'inquiéteront en entendant parler de moyens transférés ailleurs. Des enseignants, déjà sollicités de partout, craindront pour leur poste ou leur affectation. Et certains chefs d'établissement, avec raison, feront remarquer qu'ouvrir une école en quartier prioritaire ne s'improvise pas depuis un bureau parisien : ça demande des équipes formées, du temps, et un accompagnement qui ne tient pas en une ligne de communiqué.

Ces objections ne rendent pas l'idée mauvaise. Elles disent simplement qu'il faudra y aller avec les mains, pas seulement avec de bonnes intentions.

Quelques idées qui pourraient valoir le détour

Pas de liste à cocher ici, plutôt quelques pistes à laisser mijoter, à reprendre avec l'équipe ou en conseil d'établissement.

  • Et si on ressortait son IPS, juste pour voir, et qu'on le comparait à celui des établissements voisins, avant qu'un journaliste ou une tutelle ne le fasse à notre place.
  • Et si on relisait sa procédure d'admission avec un œil neuf, comme si on la découvrait pour la première fois, en se demandant honnêtement qui pourrait s'y perdre ou renoncer avant même de candidater.
  • Et si, plutôt que d'attendre une note du diocèse, on allait poser directement la question : où en est la réflexion sur l'équilibre territorial, et qu'est ce que ça pourrait vouloir dire, pour nous, dans trois ans.
  • Et si on allait tout simplement prendre un café avec l'école ou l'association du quartier d'à côté, celui qu'on n'a jamais vraiment approché, juste pour voir ce qui pourrait naître de cette rencontre, sans grand projet derrière.

Rien de tout cela n'oblige à rien. Mais le pari annoncé le 10 septembre va continuer à faire son chemin, diocèse après diocèse, dans les mois qui viennent. Autant y réfléchir tranquillement maintenant, plutôt que d'ouvrir la note du vendredi soir avec un peu d'angoisse.

Sources citées :

- La Croix, « Enseignement catholique : baisse démographique et mixité sociale au menu de la rentrée », 10 septembre 2026

- Enseignement Catholique, compte rendu de la conférence de presse de rentrée de Guillaume Prévost, « L'Enseignement catholique entend faire bouger les lignes » 

- Le Monde (relayé par Titrespresse), « Mixité sociale à l'école : l'enseignement privé catholique propose de... », septembre 2026 

- Ministère de l'Éducation nationale, « Mixité sociale et scolaire des établissements d'enseignement privés sous contrat : signature d'un protocole d'accord entre le ministre et le secrétaire général de l'enseignement catholique », 2023

- Café pédagogique, « Mixité : un protocole gagnant pour le privé », 22 mai 2023 

2 sept. 2026

Arriver chef d'établissement quelque part : écouter avant d'agir [pilotage] 252

 Arriver chef d'établissement quelque part : et si votre premier acte de direction n'était pas une décision, mais une écoute ?

Ce matin-là, quelques jours avant tout le monde, vous poussez la porte d'une école qui est désormais la vôtre… et qui ne l'est pas encore du tout. Un trousseau de clés dont vous ignorez la moitié, une histoire que vous n'avez pas vécue, une communauté qui vous jauge poliment. Par où commencer ?

Dans cet épisode d'ouverture de saison, je défends une thèse à contre-courant : votre légitimité, vous ne la prouverez pas en agissant vite, mais en comprenant juste. On parle de la tentation de prouver, du syndrome du sauveur, de la solitude de l'arrivée et de cette posture d'écoute qui est, en vérité, l'acte de leadership le plus exigeant d'une prise de poste.

Au programme :

▪️ Écouter l'histoire, les personnes, les documents… et le silence

▪️ Les 3 questions à poser à chaque membre de l'équipe

▪️ Distinguer ce qui ne peut pas attendre de ce qui doit mûrir

▪️ La dimension spirituelle d'une prise de poste dans l'enseignement catholique

Pour tout chef d'établissement, adjoint, enseignant ou responsable éducatif qui arrive, ou qui accueille un nouveau collègue cette année.

👉 Abonnez-vous et partagez cet épisode à un collègue qui prend un poste.

Mon nouveau livre : « Grandir avec Jésus »

Dans cet épisode, je vous parlais de l'âme d'une école : cette dimension qui fait qu'un établissement catholique est davantage qu'une bonne école. Prendre soin de cette âme, c'est aussi lui donner des rendez-vous concrets tout au long de l'année.

C'est tout l'objet de mon nouveau livre, Grandir avec Jésus : 30 célébrations clés en main pour les écoles catholiques, de la petite section au CM2, réparties sur les trois années liturgiques. Chaque célébration est prête à vivre, avec des adaptations signalées pour la maternelle, des chants et des annexes pratiques.

Que vous soyez chef d'établissement, adjoint en pastorale ou enseignant, vous y trouverez de quoi nourrir la vie spirituelle de votre communauté éducative, sans y passer vos soirées de préparation.

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15 juil. 2026

La cohérence éducative : une vision commune [Inspiration]

Qu’est-ce qui fait réellement la cohérence éducative d’un établissement ?

Dans cet épisode, je vous propose de prendre de la hauteur sur une notion souvent évoquée… mais rarement clarifiée. Car la cohérence éducative ne commence pas par des règles ou des dispositifs. Elle prend racine dans une question fondamentale : quelle personne voulons-nous aider à construire chez nos élèves ?

À partir de cette réflexion, vous découvrirez comment faire émerger une vision éducative partagée, capable d’aligner les pratiques, de donner du sens aux actions du quotidien et de renforcer la lisibilité auprès des familles.

Au programme :

• Comprendre pourquoi la cohérence éducative repose d’abord sur une vision de la personne

• Identifier les vertus clés à développer chez les élèves (responsabilité, persévérance, coopération, etc.)

• Faire de cette réflexion un temps fort de la journée pédagogique de rentrée

• Traduire une vision éducative en pratiques concrètes dans la classe et dans la vie de l’établissement

• Associer les familles pour renforcer l’impact éducatif

Un épisode inspirant et structurant pour remettre du sens au cœur du pilotage, et construire pas à pas une cohérence éducative vivante, incarnée et partagée.

Bonne écoute.

Pour aller plus loin :

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Références

  • Action Éducation, « Publication du nouveau livret de la cohérence éducative. Retour sur les 10 années d’expériences du projet dans le Val-d’Oise », Action Éducation, en ligne, consulté le 11 mars 2026, https://ift.tt/JiKX9GU
  • Conseil national de l’Enseignement catholique, « Fondamentaux de l’Enseignement catholique », site officiel de l’Enseignement catholique, en ligne, consulté le 11 mars 2026, https://ift.tt/vpPY2yz
  • Direction diocésaine de l’Enseignement catholique de Cambrai, Le projet diocésain de l’Enseignement catholique de Cambrai, Direction diocésaine, 2026, en ligne, consulté le 11 mars 2026, https://ift.tt/ZJ0MjYE
  • Enseignement catholique en Fédération Wallonie‑Bruxelles, Mission de l’école chrétienne, document d’orientation, 2021, en ligne, consulté le 11 mars 2026, https://ift.tt/QPJfWNO
  • Louvel, Tanguy, Manifeste pour une autre jeunesse, Paris, Salvator, 2026. Présentation de l’ouvrage dans Ouest‑France, « Tanguy Louvel publie son “Manifeste pour une autre jeunesse” », 22 janvier 2026, consulté le 11 mars 2026, https://ift.tt/HvwOgEt.
  • Ministère des Solidarités et de la Santé, Guide méthodologique pour la mise en œuvre de projets d’accompagnement à la parentalité, s.l., s.d., en ligne, consulté le 11 mars 2026, https://ift.tt/7zxZcwK
  • Pierre, C., « Pour une cohérence éducative : le partenariat entre parents et professionnels », mémoire en travail social, Sociodoc, en ligne, consulté le 11 mars 2026, https://ift.tt/ZxNBTq3
  • Institut catholique de Paris, « La coéducation à l’école : clés pour une responsabilité partagée », communication, Collège des Bernardins / ICP, 2023, en ligne, consulté le 11 mars 2026, https://ift.tt/LFD1Pqs

1 juil. 2026

Les chiffres au service de la mission : gouverner avec lucidité [pilotage]

Les chiffres au service de la mission : gouverner avec lucidité


Vignette de podcast « Leaders dans l'Enseignement catholique — En Première Ligne ! », épisode 247. Fond composé d'une calculatrice noire, d'un stylo argenté et de tableaux de chiffres comptables. Portrait de Charles-Antoine Bichet dans une pastille turquoise à droite.

« Les chiffres, ce n'est pas mon métier. » Combien de chefs d'établissement le pensent, voire le disent ? Et pourtant, derrière les comptes, les bilans et les forfaits, il y a la liberté d'agir, la stabilité des équipes et la pérennité d'un projet. Bref : la mission.

Dans cet épisode, je reçois Charles-Antoine Bichet, expert-comptable et commissaire aux comptes d'OGEC, pour changer notre regard sur les chiffres. Non pas une sanction, mais un récit : celui de la santé d'un établissement, de ses choix, de ses fragilités.

Au programme :

🔹 Pourquoi les comptes d'une école racontent une histoire , et comment apprendre à la lire sans devenir expert-comptable

🔹 Les indicateurs incontournables : fonds de roulement, déficit qui dure, investissements… quand s'inquiéter, quand se réjouir

🔹 Les forfaits du premier degré : un point de tension récurrent, vu côté comptes et côté terrain

🔹 Démographie et fusions : comment anticiper la baisse des effectifs plutôt que la subir, et aborder sereinement un rapprochement

🔹 Gouverner avec lucidité, pas par la peur : la transparence financière comme levier de confiance dans la communauté éducative

Un échange concret et incarné, pour faire des chiffres un outil de liberté au service du projet éducatif.

Retrouve Charles-Antoine sur Linkedin

Cet épisode vous a été utile ? Partagez-le à vos collègues, à votre président d'OGEC, à votre bureau. La culture financière ne doit pas être réservée à quelques-uns : c'est une responsabilité partagée.


17 juin 2026

Portes ouvertes : un simple accueil… ou un levier stratégique [Expérience] 246

Dans cet épisode, nous questionnons un temps clé souvent sous-exploité : les portes ouvertes.


Comment passer d’une visite classique à une véritable expérience pour les familles ?

Comment en faire un levier au service du projet éducatif ?

J’accueille Aurélie Paraiso Hinard, cheffe d’établissement, qui a transformé ses portes ouvertes en “Eschool Game” : un parcours immersif où les familles deviennent actrices.

Au programme :

- Les limites du format traditionnel

- Les choix pédagogiques derrière le jeu

- L’implication des équipes

- Les effets concrets sur les familles… et les inscriptions

- Les ajustements après trois années

Un épisode concret pour repenser vos portes ouvertes comme un véritable outil de pilotage.

Bonne écoute.

Doc eschool Game